« Automédication | Page d'accueil | A trop lire P.K. Dick... »

01.07.2005

Fuite en avant ou Révolution ?

Dans ma note précédente, j'ai critiqué la qualité du livre de Le Corbusier "vers une Architecture" un petit peu hâtivement. Le dernier chapitre intitulé Architecture ou Révolution mérite quand même que l'on s'y attarde. Publié en 1924, Le Corbusier constatait ceci :
" Pendant ces dix siècles antérieurs l'homme ordonnait sa vie sur des systèmes qualifiés de "naturels" ; il entreprenait lui-même son travail, le conduisait à bonne fin, ayant toute l'initiative de sa petite entreprise ; (...). Il travaillait chez lui dans une petite échoppe et sa famille était autour de lui. (...). La vie de famille se déroulait normalement. (...); la succession des efforts et des gains se faisait sans heurt, dans l'ordre familial; la famille y trouvait son compte. Or quand la famille y trouve son compte, la société est stable et susceptible de durer. Ceci concerne dix siècles de travail organisé sur le module familial; ceci pourrait concerner aussi bien tous les siècles passés jusqu'au milieu du XIXe.
Mais voyons aujourd'hui le mécanisme de la famille. L'industrie a conduit à la pièce de série; les machines travaillent en collaboration intime avec l'homme; la sélection des intelligences se fait avec une sécurité imperturbable (...); toutes les places sont accessibles.(...) Le père n'enseigne plus au fils
les secrets multiples de son petit métier; un contremaître étranger contrôle sévèrement la rigueur du travail restreint et concis. L'ouvrier fait une toute petite pièce, pendant des mois toujours la même, pendant des années peut-être, pendant toute sa vie peut-être. Il ne voit l'aboutissement de son travail que dans l'oeuvre terminée (...).

Vient le vœu pieu, qui nous rappelle à qui nous avons à faire :
L'esprit d'échoppe n'existe plus, mais certainement un esprit plus collectif. Si l'ouvrier est intelligent, il comprendra les destinées de son labeur et en concevra une fierté légitime. Lorsque l'Auto publiera que telle voiture vient de faire 260 à l'heure, les ouvriers se grouperont et se diront : "c'est notre voiture qui a fait ça." .
Toutefois voit-il venir la menace :
" La société assiste à la destruction de la famille et elle s'aperçoit, avec terreur, qu'elle en périra."

Alors que doit proposer l'idéologie moderne, demande Corbu, en contrepartie de cette profonde perte individuelle au profit de l'oeuvre collective ? :
- des biens supérieurs à ceux de la génération précédente,
- du divertissement intellectuel pour les heures de liberté dégagées,
- des logis modernes pour la conservation et l'épanouissement de la famille.

Admettons qu'il ait raison. Cela semble s'être en partie réalisé aux États-Unis (Californie) dans les années 50. En France, nous ne pouvons que constater les dégâts en regardant autour de nous :
- perte du patrimoine familial
- art contemporain-télévision
- indigence de la périphérie urbaine
Le monde a changé, c'est vrai, de la production de masse à l'extinction de masse, de la consommation à l'information, et puis quoi ?

Rappelons-nous ce que dit Bruno à Michel dans "les particules élémentaires" : "Les enfants, quant à eux, étaient la transmission d'un état, de règles et d'un patrimoine. C'était bien entendu le cas dans les couches féodales, mais aussi chez les commerçants, les paysans, les artisans, dans toutes les classes de la société en fait. Aujourd'hui tout cela n'existe plus : je suis salarié, je suis locataire, je n'ai rien à transmettre à mon fils. Je n'ai aucun métier à lui apprendre, je ne sais même pas ce qu'il pourra faire plus tard; les règles que j'ai connues ne seront de toute façon plus valables pour lui, il vivra dans un autre univers. Accepter l'idéologie du changement continuel c'est accepter que la vie d'un homme soit strictement réduite à son existence individuelle, et que les générations passées ou futures n'aient plus aucune importance à ses yeux. C'est ainsi que nous vivons, et avoir un enfant, aujourd'hui, n'a plus aucun sens pour un homme."
Alors, face à cette crise morale, la Révolution ?
Oui mais laquelle ?
Libérale ? Conservatrice ? Spirituelle ? Virtuelle ?
Ou devons-nous nous contenter d'observer le désastre ?

Ecrire un commentaire