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03.07.2005
A trop lire P.K. Dick...
Depuis la fenêtre de l'hôpital, en contrebas, j'aperçois la meilleure boulangerie de la ville paraît-il. Il s'agit d'une sorte de grosse maison posée sur un tapis gris de macadam sur lequel glissent les véhicules à atmosphère contrôlée, 22 degrés sans doute.
Occupant l'angle de cette maison du pain, un moulin à vent cylindrique en maçonnerie de parpaings enduits construit en 2002. Pas de vent et pourtant la roue tourne. Magie de l'électricité. Ce moulin à vent devrait sans doute me rappeler la fabrication ancestrale de la farine, qui devrait me faire penser que la baguette y est bien meilleure, plus authentique. Et puis aussi le fait que nous sommes près de la Vendée. Ah, les guerres de Vendée, les messages codés par moulins interposés.
Je ne sais pourquoi je pense à Don Quichotte l'espace d'un instant.
De part et d'autre de la boulangerie, six hautes tours de logements récemment repeintes en rose pastel lors du plan de rénovation urbaine d'il y a cinq ans.
Roses boutonneuses ces tours. Les tours sont les adolescentes de l'age moderne. Les paraboles en sont l'acné juvénile.
A quand l'age adulte du moderne ? Peut-être ce mouvement n'arrivera-t-il jamais à maturité.
Je détourne les yeux. Le substitut alimentaire s'écoule lentement dans la perfusion. Dans le masque à oxygène, de l'air qui n'est pas le même air que celui que j'inspire en ce moment.
Subitement, deux infirmières pénètrent dans la chambre et me tirent de ma rêverie. Le médecin de service suit trente secondes plus tard. Il ne me regarde pas, ne me parle pas. Il ne me voit pas.
Je sors de la chambre médicalisée et me glisse dans la salle d'attente. Je m'assois dans un fauteuil revêtu de faux cuir. En face de moi, près de la fenêtre, dans un pot en plastique imitation terre cuite un Ficus, en plastique lui aussi.
Je baisse les yeux. Le sol est en PVC imitation marbre.
Je regarde les murs. La tapisserie rose imite la peinture façon "patine" qui imite l'enduit à la chaux.
Je lève les yeux. Un faux plafond anti bactérien 60x60 prévu pour dissimuler les gaines de climatisation qui n'existent pas dans cet hôpital.
Le long de ma main droite, un éclat de peinture sur la structure tubulaire de l'accoudoir qui n'est pas en inox comme je l'aurais cru. Juste une couche de peinture brillante.
Et là, tout devient clair. Les moulins à vent fonctionnant sans vent, les tours roses, la nourriture liquide, l'air qui remplace l'air, le médecin qui ne me voit pas, les matériaux imitations d'imitation d'authentique. Don quichotte. Ma bataille contre le simulacre, contre des moulins à vent.
Je ne suis pas là. Ce monde n'est pas réel. Tout y est faussé.
Et mon père n'est pas là, allongé dans la chambre d'à côté.
Et il n'a pas de cancer.
Soudain je me sens mieux... pendant deux minutes.
20:38 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
Deux minutes seulement...
Je ne comprends que trop bien ton texte.
A la rigueur, il est presque trop explicatif...
‘the soft-drink stand fell into bits. Molecules. He saw the molecules, colorless, without qualities, that made it up. Then he saw through, into the space beyond it, he saw the hill behind, the trees and sky...in its place was a slip of paper. He reached out his hand and took hold of the slip of paper. On it was printing, block letters. SOFT DRINK STAND’.
Ecrit par : Voiker | 28.08.2006
Tu es plus fin que moi Voiker...
Ecrit par : saint-rich | 28.08.2006
pourquoi dis-tu ca.....
Tu peses combien d'abord ?
Ecrit par : Voiker | 08.09.2006
Parler d'argent en France reste toujours un peu tabou... enfin environ 200 K€.
Ecrit par : saint-rich | 08.09.2006
Je n'avais pas encore lu ce texte; moi qui suis une grande admiratrice de Dick je le trouve formidable. Comment quelqu'un qui écrit aussi bien que vous peut-il rester "sec" par périodes. Vous n'avez pas le droit.Excusez moi, je suis en période contestataire. Amitiés.
Ecrit par : ariaga | 07.03.2007
Merci Ariaga de redonner vie à ces anciennes notes. Amitiés.
Ecrit par : saint-rich | 08.03.2007
