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18.08.2005
Le sens du combat
Jeune enfant, j'adorais regarder à la télévision les westerns américains, vous savez, ceux de la "dernière séance", le mardi soir. Assis entre mes parents, j'ai connu mes premiers émois amoureux lorsque la belle se laisse embrasser par John Wayne après avoir tenté en vain de se refuser à lui, mes premières exaltations lors des duels dans la rue principale déserte et mes premières indignations lorsque le héros se fait tirer dans le dos par le salaud.
Durant ma puberté, j'ai découvert les grands films de guerre, sur le débarquement en Normandie et le Vietnam. Je suis resté profondément marqué par la détresse de ces soldats, des types ordinaires tétanisés sous le feu ennemi, tirant totalement au hasard sur des cibles invisibles. Les héros y meurent souvent avant la fin, sans gloire. La chance seule décide de qui vivra.
Adolescent, mes copains m'invitaient à regarder le samedi soir les films avec Jean Claude Van Damme, guerrier infiltré chez l'ennemi. Tous les coups étaient permis, hein, même rompre les cervicales de la sentinelle par derrière. J'en demeure toujours profondément outré.
Une certaine morale se dégage finalement de ces films populaires.
- Un contre un : Le duel reste le plus beau, le plus noble des combats, tant que les règles sont respectées par les deux protagonistes.
- Tous contre tous : Pas d'héroïsme possible dans le troupeau. Le hasard et la chance sont les seules règles reconnues.
- Seul contre tous : Vous avez le choix entre la lapidation ou mettre de côté vos scrupules. Voici venir le règne de l'homme pragmatique (l'honneur ou la vie, il a choisi).
La vie d'architecte offre les mêmes combats.
- Les plus beaux projets n'ont vu le jour que dans le noble combat de l'Architecte et du Prince, ou de l'Architecte et du Religieux. De cette féconde confrontation naît l'Oeuvre. Authentique et Véritable. Rare.
- Mais dans nos démocraties, où le bon est ce qui est décidé par le plus grand nombre, où vous n'êtes vous même qu'un type ordinaire pour tous les autres, comment survivre ? Eh bien vous faites comme vos petits confrères, vous tirez au hasard pour espérer décrocher une invitation à un concours, une commande, une étude, ou je ne sais quoi. Vous ne discernez pas bien qui sont vos ennemis, et finissez par en voir partout. Et si, par chance, vous réussissez à emporter un projet, vous vous battez alors contre tous, les voisins procéduriers, les investisseurs, les utilisateurs, la police du bon goût, les bureaux de contrôle, les instructeurs de permis de construire, les entrepreneurs véreux, etc., pour finir par ne plus savoir très bien ce que vous faites. Ce que l'on vous demande, de toute façon, c'est de satisfaire tout le monde. Aussi lors de cette bataille, les meilleurs trouvent-ils souvent la mort.
- Alors, les plus pragmatiques choisissent la voie de l'infiltration dans les institutions et les groupes de pression. Là où tous les coups sont permis. Ce sont aujourd'hui les grands gagnants du système. Ils ont laissé l'éthique au profit de l'efficacité. Ce sont les Jean Claude Van Damme de la profession. Avec la même clarté d'esprit (allez donc lire le texte de Lactobacille sur Combarel & Marrec).
Et moi dans tout ça ? Et bien aujourd'hui j'ai trouvé mon duel, mon professeur Dalsace*, mon Prince, mon Religieux. Mais les professeurs Dalsace, les Princes et les Religieux ne sont plus français de nos jours. Mon duel a lieu en Egypte. Je sais qu'il en sortira quelque chose de Beau ... à moins que l'on ne me tire dans le dos.
*commanditaire de la maison de verre de Pierre Charreau.
18:59 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Trackbacks
De la noblesse.
Tu te dois de protéger le sommeil de ton ami. Mais le laisseras-tu endormi si la magie d'une aurore boréale vient soudain éclairer la nuit ? Nous vous enjoignons à lire ce lumineux article de Saint-Rich >>>.
Trackback par : Lactobacille | 20.08.2005
Commentaires
Lumineux, pertinent et exigeant. Merci pour la belle et douloureuse sythèse de ce texte.
Tous mes espoirs accompagnent les vôtres par-delà la Mare Nostrum.
Ecrit par : lactobacille | 20.08.2005

