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25.11.2005
Comédie
Hier, je ne sais pourquoi, je me suis remémoré mes années d'études dans les deux écoles d'architecture que j'ai fréquentées à Paris et en banlieue parisienne.
Jeunes bacheliers entrant en première année dans cette triste école de banlieue, nous étions confiés à de pathétiques barbus sexagénaires adeptes de la transmission d'un savoir situé approximativement entre 1920 et 1960 (je vous rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, les barbus étaient rouge et pas vert). C'était assez facile quoiqu'il en soit. Les recettes du mouvement moderne telles qu'ils les avaient comprises n'étaient pas plus compliquées à assimiler que les Cinq points de Le Corbusier. La pédagogie : "Voilà ce qu'il faut dessiner, il n'y a rien d'autre à dessiner et c'est ce que vous allez dessiner."
Ma deuxième année fut tout a fait différente. Un doux quinquagénaire était responsable des corrections de projets. Sa seul exigence était que nous soyons convaincu du travail que nous présentions. La pédagogie : "Pour moi, tous vos projets se valent à condition de me démontrer que vous y croyez vraiment."
J'ai changé d'école en troisième année. L'année du tout est possible. L'école du "n'importe quoi" revendiqué. Pourtant, le plus difficile n'était pas tant de trouver le n'importe quoi à présenter que d'assumer publiquement et avec sérieux ce n'importe quoi. La pédagogie : "Montrez-moi de quoi vous êtes capable!!"
Quatrième année : le discours est le projet. J'ai mis du temps à comprendre que c'était une année où il fallait surtout ne rien dessiner, ne rien montrer. Juste employer quelques mots clefs piochés dans des ouvrages de philosophes français à la mode outre-atlantique. La pédagogie : "Je vous écoute ..." ou "dites-moi ce que je veux entendre".
Ma cinquième et dernière année correspondait avec la prise de contrôle du corps pédagogique par les sociologues. Ils nous donnaient l'explication du monde dans leurs cours, que nous devions illustrer dans nos projets. La pédagogie : "Voilà ce que les gens veulent, et il faut leur donner, sinon c'est l'explosion sociale".
Tabula rasa, relativisme, ready-made, discours creux, tout-social, j'ai tout subi pour obtenir ce satané diplôme d'architecte.
Mais, avec le recul, je me demande bien si je n'ai pas fait la meilleure école qui soit. Un enseignement qui nous pousse à chercher seul la vérité. Peut-être tout cela n'était-il finalement qu'une vaste farce montée par quelque vieux singe réactionnaire. Une démonstration par l'absurde en quelque sorte...
… qui, quand je regarde mes camarades de promotion tombés dans le nihilisme le plus total, n'aurait malheureusement pas toujours donné les résultats escomptés.18:03 Publié dans Contexte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

