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22.03.2006

Le Labyrinthe des Etiquettes

Je relatais il y a quelques mois la vaste farce que fut mon enseignement "supérieur". Je suis sorti de l'école à plat alors que d'autres en sortaient gonflés comme des baudruches. J'avais donc pour ainsi dire besoin d'air. J'ai alors commencé à errer, perdu dans le Labyrinthe des "possibilités d'écriture" qui s'offraient à moi, avec une seule question en tête : que faut-il faire quand on peut tout faire?

Le Labyrinthe comportait une multitude de couloirs, que je suivais, au hasard, prenant à droite, à gauche, rebroussant quelquefois chemin. Des portes en verre rythmaient les murs blancs des couloirs. Au-dessus de chaque porte, une Etiquette.

Je regardais parfois doucement à l'intérieur, me tenant d'une main à l'embrasure de la porte. Je reconnaissais de temps en temps quelques amis, assis dans la pièce, la même Etiquette sur le front que celle de la porte. Un jour, l'un deux m'interpella : "Mais enfin X, il va bien falloir te choisir un jour une Etiquette si tu veux réussir. Tant que tu resteras dans le couloir, personne ne viendra te chercher. Et rassure-toi, tu peux changer de pièces autant de fois que tu veux, au gré des tendances, si tu penses avoir plus de chance dans une que dans l'autre. Alors n'hésite plus."

 

Evidemment, certaines pièces étaient tellement encombrées qu'il aurait fallu jouer des coudes pour y pénétrer. D'autres étaient vides. Certaines pièces vides pouvaient d'ailleurs avoir été les pleines de l'année précédente. D'autres encore étaient pleines de cadavres, illustres ou non.

J'ai rencontré des stratèges qui attendaient dans une pièce vide que le vent tourne, afin d'être seul le moment venu, s'il venait un jour. D'autres petits malins espéraient bénéficier de la notoriété des cadavres d'une pièce sur lesquels ils se tenaient debout. J'ai même entendu dire que certains avaient volé des corps dans une pièce voisine pour valoriser la leur.

Ce monde avait bien entendu ses leaders, qui, en changeant de pièces, entraînaient leur cour avec eux. Il avait également ses prisonniers, injustement poussés et enfermés à clef par des rivaux dans des pièces infréquentables.

 

Un jour, sur le sol d'un couloir, j'ai découvert un mince fil d'acier tressé. Composé de l'entrelacement régulier de câbles les uns autour des autres, il était d'une beauté fascinante. Je l'ai pris en main et j'ai entrepris de suivre le chemin qu'il semblait m'indiquer. A mon grand étonnement, il me conduisit à la sortie du Labyrinthe.

Soulagé, j'ai passé la grande porte et j'ai commencé à m'éloigner des murs immenses de l'enceinte, marchant droit devant moi, vers l'horizon. Autour de moi il n'y avait rien. Le désert.

Je me suis lentement retourné. Je pouvais encore distinguer au loin l'enceinte blanche du Labyrinthe. Et j'ai compris. J'ai fait demi-tour. Il fallait que j'y retourne, mais cette fois, en ignorant les pièces : ce sont des pièges. Je vais tenter d'en découvrir le Centre. Et je n'ai plus peur de me perdre. Maintenant, j'ai le fil.

 

Merci à Ariane, qui se reconnaîtra en me lisant.

Commentaires

Intéressant.

Ecrit par : profdisaster | 23.04.2006

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