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24.11.2006

Le cahier

Je l'ai découvert par hasard, tout au fond du placard du couloir. Il était là, écrasé sous une pile de vieux bouquins de poche.

Le cahier.

J'ai mis pas mal de temps à le dégager de ces déchets de temps perdu. Il n'avait l'air de rien, cet épais cahier d'écolier, avec sa couverture usagée. Je l'ai feuilleté négligemment. Il contenait des pages et des pages d'écritures manuscrites. Intrigué, je me suis assis en tailleur, le cahier entre les cuisses et j'ai débuté la lecture. Mon Dieu, je ne rêvais pas. Je lisais l'histoire de ma propre vie. J'étais abasourdi.

L'histoire avait été écrite à plusieurs mains.

Quelques très belles pages avaient été rédigées par des amis d'enfance. D'autres, éprouvantes, par cette vieille peau d'institutrice. Je ne sais pas combien de personnes ont participé à l'écriture de cette biographie.

Mais le plus étonnant, c'est que jamais, non jamais, je n'ai reconnu mon écriture sur ce cahier.

Au bout de longues heures ininterrompues de lecture, je suis tombé sur le passage où je découvre le cahier par hasard, tout au fond du placard du couloir, là, écrasé sous une  pile de vieux bouquins de poche.

Comment était-ce possible?

Et ce n'était pas tout. Non. Le plus effrayant était qu'il me restait encore les deux tiers du cahier à lire.

Combien de temps m'a-t-il fallu pour prendre la décision de ne pas poursuivre la lecture ? Je ne saurais le dire. Mais j'ai fini par me saisir d'un cutter, et, proprement, découper une à une les pages qui suivaient cette journée. Je les ai pliées soigneusement puis brûlées dans la baignoire.

Ma décision était prise : j'allais écrire moi-même la suite de l'histoire sur les pages vierges qui restaient. Une belle histoire. Non plus subie, mais rêvée.

J'ai fait des brouillons sur des feuilles volantes. Des tas de brouillons. Certains étaient parfaits et j'ai essayé de les adapter au format du cahier. Mais, il n'y avait rien à faire, cela ne collait pas.

J'ai bien tenté d'écrire au préalable avec un crayon à papier, mais c'était illisible. Je devais me rendre à l'évidence : l'histoire devait être écrite sans brouillons, ni coup d'essai, avec assurance et conviction.

Aujourd'hui, le cahier est posé sur la table à côté de mon ordinateur.

Je le voudrais tellement parfait, ce foutu cahier, que je n'y ai rien écrit depuis sa découverte, il y a un an déjà.

Commentaires

Tres tres bon, ce texte, cher ami.
Marrant, des moments je me dis au'on est proche l'un de l'autre.
Thematique du souvenir.
Pas de PK Dick (quoi que...), du Borges cette fois....?!

Continue, j'adore....

Ecrit par : Voiker | 25.11.2006

La loterie à Babylone, La bibliothèque de Babel, Tlön Uqbar Ortis Tertius. Quels souvenirs ! Fictions, ouvrage découvert il y a quelques années par l'univers des Citées Obscures de Peeters et Schuiten (La Fièvre d'Urbicande, superbe album !)
Merci Voiker, et à bientôt.

Ecrit par : saint-rich | 25.11.2006

Très bon texte.

Ecrit par : profdisaster | 25.11.2006

Merci l'ami. ;-)

Ecrit par : saint-rich | 26.11.2006

moi aussi je l'adore ! Encore !!!!!

Ecrit par : Fleur | 26.11.2006

Ravi, Fleur.
Je ne m'attendais pas à tant d'enthousiasme sur ma situation "au point mort" qui désespère tant mon entourage.

Ecrit par : saint-rich | 26.11.2006

l'écriture transcende tout... Faites leur lire ce texte !

Ecrit par : Fleur | 26.11.2006

Oh malheureuse !
Ils ne comprendront pas mieux ce texte que ma "profession de foi" de l'année dernière.
" Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu abandonnes ce travail qui te plaisait tant pour faire... pour faire quoi au juste?"

Ecrit par : saint-rich | 27.11.2006

En attendant le vôtre, il reste ceux des autres.

Ecrit par : DD | 01.05.2007

Les cahiers à droite de mon ordinateur ? J'essaye d'y écrire de belles choses, c'est difficile aussi… et encore, je n'en ai que trois…

Ecrit par : saint-rich | 01.05.2007

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