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03.03.2007

Avalée la vallée – 3

Introduction

Acte 1 : le maire… et la paire

Acte 2 : les rois de la vallée

Acte 3 : Héritage à vendre

 

" Tu n'avais pas un tableau ici ? lui demande la grand-mère d'Ariane.

- Oui, mon grand père. Mais j'ai vendu tous les tableaux de famille le mois dernier pour financer les travaux de toiture." Elle me regarde "C'est Madame Jacques qui les a achetés", et, à nouveau, avec la précision d'un métronome, éclate de rire. D'un rire fort, franc et sec qui, dans ce manoir inconnu, dans cette pièce figée dans un autre espace temps, me glace d'effroi. Je me demande si elle rit d'avantage à l'idée d'avoir vendu sa famille ou à celle de Madame Jacques s'en achetant une.

Il faut que je trouve un moyen de prendre congé, car je sens que je ne pourrais pas tenir dix rires de plus.

Notre hôtesse, Madame de Charolles, me fait penser à un squelette qu'on aurait vêtu d'une peau préalablement séchée au soleil. Une peau brunie, tachée, mais surtout mal ajustée. Une taille trop grande, je le déduis aux plis dans le cou et sur les coudes. Je peine à imaginer les dégâts que peuvent causer à l'intérieur de ce corps tout sec ses hilares soubresauts. Elle continue pendant trois rires la visite de son salon de réception avant de lancer un "Redescendons maintenant !"

Pourquoi s'étonner que la momie qui hante le magnifique manoir de la Vallée vive toute l'année dans le sous-sol faiblement éclairé par des soupiraux ?

 

Je descends en hâte le perron, pressé de ressentir l'effet apaisant des graviers sous mes pas, heureux de quitter cette sombre demeure, aux prix de vils prétextes.

Aujourd'hui Madame de Charolles n'a plus de propriétés à vendre. Hier, Ginette Lesage, agricultrice à la retraite, me proposait cinq terrains. Le sixième, elle le vendait à son petit-fils. Vendait ? Oui mais bien parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Comprenez : une marnière et son risque d'effondrement le rendait invendable à quelqu'un d'autre.

Hier, comme aujourd'hui, même malaise et étrange sentiment de culpabilité face à ceux qui ont hérité de tout.

 

"Ha! C'est l' p'risien !"

Je lève les yeux et voit deux gamins qui s'enfuient, en riant.

Parisien, ici aussi.

Je n'avais pas passé un an à Paris pour faire mes études que, déjà, mes oncles et tantes m'appelaient le Parisien. Ils arboraient ce petit sourire que je déteste tant, celui des enfants qui jettent "intello !" au visage de plus fin qu'eux. Parisien ! L'incantation destinée à me maintenir à l'écart de je ne sais quel cercle.

Parisien je serai dorénavant, même si je demeure ici jusqu'à ma mort. 

 

A suivre.

Commentaires

Excellente suite.
Je pense que ce format vous convient parfaitement (un tout morcelé en petites "nouvelles).
J'adore le portrait de Madame de Charolles.
Oui, pour certains provinciaux, on porte à vie les stigmates du "parisien" !

Ecrit par : ada veen | 04.03.2007

Chic ! La suite.
C'est encore une réussite, l'ami. Tu sais parfaitement mettre en lumière l'"effroyable" dans le quotidien.

Provincial à Paris. Parisien en province... je connais parfaitement ce sentiment.

Ecrit par : profdisaster | 04.03.2007

Merci à tous les deux.
J'espère que vous ne vous lasserez pas trop vite de ce modeste puzzle de cette région qui m'a tant déçu (je vous raconterai plus tard ce que j'espérais y trouver mais vous me trouverez bien naïf)

Ecrit par : saint-rich | 04.03.2007

Mais c'est formidable, cher ami et votre production, si intéressante, devient presque pléthorique ! Cette madame de Charolles,me rappelle furieusement une de mes grand mères. Amicalement.

Ecrit par : ariaga | 05.03.2007

Merci, chère Ariaga, pour vos réguliers encouragements, bien que "pléthorique" m'invite à penser que je "poste" trop souvent.
Amitiés.

Ecrit par : saint-rich | 05.03.2007

Ada Veen, pour certains "parisiens", on porte à vie les stigmates de la "province". Fan de Nabokov ?
Saint-rich, ravie de vous lire à nouveau !!

Ecrit par : Fleur | 07.03.2007

Oh, non, vous ne postez pas trop souvent, c'était de l'humour hi! hi! vous voyez ce que je veux dire....où vous me faites le coup de celui! qui ne comprend pas. Je sens que la Grande Mère terrible va de nouveau sévir. Attention, rêve à l'horizon...Affectueuses pensées.

Ecrit par : ariaga | 07.03.2007

Et moi, Fleur, j'attends toujours votre retour ! Impatiemment !

> Ariaga. "rêve à l'horizon". Lisez comme mes rêves sont minables. J'ai 100 francs en poche mais j'ai absolument besoin de monnaie pour aller à la Poste. Je rentre dans une boulangerie et demande de l'aide à la vendeuse. Embarrassée ("vous savez, c'est très très compliqué !") elle appelle la patronne, (plutôt matrone, elle ressemble à Benny Hill). Tout sourire, elle me demande ce dont j'ai besoin. Je lui explique (tout ça est très très long) que j'ai besoin de monnaie, la poste n'acceptera mon colis que contre trois pièces de 10 francs et je n'ai qu'un billet de cent. Elle me sort alors un choix de gâteaux à 70 francs. Voyant où elle veut en venir, je lui dit que c'était juste pour acheter des timbres. Et là elle me sort un choix de gâteaux timbres à 30 francs. Réveil.
Allez, c'est bien beau tout ça, mais 19h30, ma deuxième journée de travail commence… pffff

Ecrit par : saint-rich | 07.03.2007

Fleur/"Pour certains "parisiens", on porte à vie les stigmates de la "province."
Hi-hi, j'ai failli le rajouter ça, mais je me suis dis "oh pfff..." : bien fait, ça m'apprendra à ne PAS tourner sept fois ma langue dans ma bouche ... ;-))

Non, en fait je suis fan de VIVIAN DARKBLOOM

Ariaga/J'ai l'impression que notre ami aime se faire désirer...hum-hum

Saint-Rich/Amusants ces gateaux timbres !
Pourquoi "minable" ? Ne serait-il pas à classer dans la grande catégorie "au-secours!-je-ne-vais-jamais-m'en-sortir" (j'en fais plein urg... :)

Ecrit par : ada veen | 07.03.2007

Mon Dieu, mais au plan de l'inconscient, rêvez de boulangères est extrêment néfaste !!!
Et rêvez de gateaux-timbres n'en parlons pas !!!

Ecrit par : profdisaster(terrifié) | 07.03.2007

et en ce qui concerne l'orthographe et le français, être naze c'est la catastrophe !
argh... je suis déshonoré ! (une fois de plus)
(marrant "rêvez", c'est de l'ordre de l'injonction...)

Ecrit par : prauphdyzasteur | 07.03.2007

Pardonnez la naïveté de ma question, Saint Rich, mais ce "magnifique manoir" a-t-il quelque chose à voir avec le "château" de l'acte précédent ?

Ecrit par : paratext | 08.03.2007

> Ada Veen : je ne suis donc pas seul à faire des rêves où les choses les plus simples deviennent absurdement compliquées. Vivian Darkbloom ? Ne préférez-vous pas Blavdak Vinomori ?
> Prof : bien cette injonction : "Et bien rêvez maintenant !" Quant à l'inconscient, j'attend l'avis de la spécialiste.
> Paratext : naïveté, comme vous y allez. Ce petit récit est, je m'en rends compte, un peu décousu. Donc non, le manoir n'a rien à voir avec le château. 1 bon kilomètre de bocage les sépare.

Ecrit par : saint-rich | 08.03.2007

Grandeur et décadence dans la vallée... On attend déjà la suite...

Ecrit par : CCRIDER | 08.03.2007

Je vois qu'on est connaisseur. Mais je n'en doutais pas cher saint-riCh

Ecrit par : ada veen | 08.03.2007

Moi je reste muette : Vivian qui ????
Je vais gougueuliser (Prof j'ai besoin de votre rigueur orthographique...) pour me mettre à niveau !

Ecrit par : Fleur | 10.03.2007

Bien.
Vraiment bien.
Tes textes me soulagent.
Va savoir pourquoi.

Ecrit par : Voiker | 10.03.2007

Alors, on ne peut plus ronfler tranquille sur son banc. Ce n'est quand même pas moi qui suis bombardée "spécialiste" alors que je les déteste ? Si oui il y a de la fessée dans l'air (et puis non on ne sait jamais....). Il n'y a pas de rêves minables et le votre va rejoindre ma collection(séries serait un meilleur mot). Regardez, par exemple les chiffres, 100, 10, 70, 30. Et puis pourquoi en francs. Quand aux gateaux timbres, ça j'adore. Vous êtes vraiment un charmant rêveur. Afectueusement.

Ecrit par : ariaga | 10.03.2007

> CCRIDER : bientôt.

> Voiker : Merci et ravi de ton retour.

> Ariaga : Charmant, charmant… Cette nuit, j'étais dans la peau d'un tueur qui terrorisait les personnes qui habitaient à côté de la maison de mon enfance. Chaque nuit, je venais avec un couteau leur faire une peur bleue, chaque matin j'allais leur rendre visite et me comportais normalement jusqu'à ce qu'ils croient qu'ils avaient rêvés, puis revenait la nuit les terroriser et repassait le lendemain matin l'air de rien et ainsi de suite.

Ecrit par : saint-rich | 17.03.2007

c'est intéressant la manière dont vous jouez avec vous même pendant votre vie onirique, étant entendu que le tueur, les voisins,celui qui fait peur et celui qui a peur, sont différentes facettes de votre être psychique. Je vois que l'absence vous a fait du bien...Très amicalement.

Ecrit par : ariaga | 17.03.2007

"Vous a fait du bien" - vous pensez cela à cause du rêve?

Ecrit par : saint-rich | 17.03.2007

Oui je pense que rêver vous fait du bien et le rêve vient quand s'abaisse le niveau du caquetage du moi conscient. (Tout ceci est bien vite dit, j'en suis consciente !)

Ecrit par : ariaga | 18.03.2007

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