04.11.2007
Spleen
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23.10.2007
La tache
Mon visage, en vingt exemplaires.
En 10x15, en 9x13 et en 3x3. En noir et blanc et en couleur.
Mes visages, déchirés, pliés ou délavés. Tout ceux que j'ai pu trouver dans l'appartement sont là, étalés sur la table. J'ajoute à ce charnier de papier mon visage officiellement oblitéré sur son support bleu plastifié, comme pour me convaincre qu'il s'agit bien de moi.
Je les reprends en main, les classe en trente secondes par ordre chronologique, puis les jette vigoureusement les uns à la suite des autres en frappant de la main sur la table, à la manière d'un solitaire joueur de belote montant à chaque tour sur son propre atout.
J'aimerais douter, mais un petit pincement à l'estomac m'en empêche. Mon corps se refuse à nier l'évidence, lui. Elle est bien apparue au fil des années, la tache. "Non tu ne l'as pas toujours eue !" me crie silencieusement mon estomac. "Non mais regarde bien. Non seulement tu ne l'as pas toujours eue, mais en plus elle grandit !"
J'abandonne mon égotiste jeu de carte pour me ruer à nouveau devant le miroir de la salle de bain. Je n'avais pas regardé ma peau d'aussi près depuis mon adolescence. Elle est encore plus brune que sur les photographies, la tache. Elle est en relief et ses bords sont irréguliers. "C'est mauvais signe" dit l'estomac. "Mais cela ne veut encore rien dire !" dis-je. "Non, rien dire !" Je réponds aux protestations de mon estomac par un cachet. Je dois bien avoir une loupe quelque part… oui, dans mon vieil album de timbres. Regarde, dis-je à ma main droite pour l'empêcher de trembler, tu vois bien que ce n'est rien. Mon cœur se joint à la manifestation des organes sécessionnistes, BomBom BomBom BomBom, de plus en plus rapidement.
"Ce n'est rien." conclut le dermatologue. "Avez-vous un Marcada dans votre famille? "
- Non, pas que je sache, mais mon grand-père était orphelin.
- Excusez-moi de vous demander cela, mais c'est une maladie de peau bénigne très rare qui ne touche que les hommes Marcadas ou d'origine Marcadienne."
Vous voyez bien que ce n'était rien, dis-je intérieurement à mon estomac, ma main et mon cœur. Ce n'était qu'une trace.
10:05 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
06.05.2007
Start

Une petite ligne droite qui marque un grand tournant.
14:17 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
10.03.2007
Absence
Au fond, c'est toujours la même histoire.
Je pars une semaine là où les jours se confondent avec les nuits, les petits déjeuner se prennent au dîner et les rêves ne deviennent jamais réalité.
L'espoir fait dépérir.
12:09 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
06.01.2007
Voyage en Oxymore
Les jours précédant le jour où tout va peut-être changer sont angoissants. Vous voudriez savoir et redoutez en même temps de savoir. Plus rien n'a de saveur mais vous voulez profiter à fond de ces saveurs. Avant que plus rien n'ait de goût, ou que vous n'ayez plus le temps de goûter. Mardi, vous saurez si votre vie va changer, ou non. Vous évacuez de votre tête l'idée que l'échec a parfois du bon. C'est vrai, aviez-vous déjà autant lu qu'en cette année 2006 ?
Est-ce Noël et la Saint Sylvestre qui vous ont rendus si mélancolique ? Cette impression de solitude alors même que vous êtes entouré de vos proches, si lointains. Non. C'est autre chose. Le malaise de n'être pas allé vous recueillir sur la tombe de votre père, à seulement cinq minutes en voiture de là où vous dormiez ? Peut-être. Mais vous souhaitiez vous recueillir face au monolithe sombre et mystérieux de 2001 l'Odyssée de l'espace, droit planté dans une verte prairie. Vous n'avez le droit qu'à une tombe en marbre vaguement standardisée posée sur un lit de gravillon. Et cette plaque en cuivre sur le côté de l'ouvrage qui vous crache au visage le nom de son fabricant. Vous avez un peu honte d'en vouloir à ceux qui ont décidé pour vous quand vous n'en étiez pas capable. Mais les autres. Etaient-ils obligés de rivaliser dans la surenchère d'objets de mauvais goût. Ce livre ouvert en marbre, par exemple, sur lequel est gravé ce minable poème. Tout cela est tellement faux, tellement laid. Ils pensaient rendre hommage, vous n'y voyez qu'un affront. Vous essayez aussi de vous convaincre que les tours que vous voyez un peu plus loin ont été érigées dans un désir d'élévation, et non dans un besoin d'entassement. Rien n'y fait.
Vous pensez un instant à l'analyse politique des vacances qui vous a été assenée par votre neveu, qui a plus l'âge d'être votre frère : "Ce politicard, l'est pas assez chacal, il va s'faire bouffer !" Comment le sang de l'homme qui repose là peut-il couler dans ces veines !
Vous avez l'impression d'être mort et de vivre un rêve éveillé. Dans un pays où s'opposent le parti de la Révolution Conservatrice et celui du Progrès dans la Stabilité, où les plus grands marchands de rêves sont ceux qui crient "réveillez-vous !" Dans un pays où les architectes dessinent des monuments à "dimension humaine", un pays où chacun est un héros, et les agresseurs des victimes. Et ce n'est sûrement pas un hasard si le repas de Noël, pris dans la maison si étrange et familière de votre enfance, fut cette année aigre-doux.
Oui, vous en êtes sûr maintenant. Vous êtes au pays des rêves éveillés, vous savez, celui que l'on nomme Oxymore.
18:20 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
06.12.2006
Point de vue
Commande: pl
POLYLIGN
Spécifiez le point de départ:
La largeur courante est de 0.0000.
Spécifiez le point suivant ou [Arc/Clore/Demi-larg/LOngueur/annUler/LArgeur]:
Commande: ff
DECALER
Paramètres courants: Effacer source=Non Calque=Source OFFSETGAPTYPE=0
Spécifiez la distance de décalage ou [Par/Effacer/Calque] <Par>: 4
Sélectionnez l'objet à décaler ou [Quitter/Annuler] <Quitter>:
Spécifiez un point sur le côté à décaler ou [Quitter/Multiple/annUler]
<Quitter>:
Commande: e
EFFACER
Choix des objets: 1 trouvé(s)
Impossible d'effacer l'objet.
Commande: e
EFFACER
Choix des objets: 1 trouvé(s)
Impossible d'effacer l'objet.
Je n'arrive pas à effacer ce point en plein milieu de mon plan d'exécution. C'est la première fois que cela m'arrive. Pourtant, tout à l'air normal, les calques sont déverrouillés, le fichier ne comporte pas de références externes. Toutefois, je n'arrive pas à effacer ce maudit point. A croire qu'il ne veut pas être effacé.
Je sais qu'il n'apparaîtra pas à l'impression, pourtant cela me met hors de moi. Si on ne peut plus avoir la maîtrise de ses propres dessins, où allons-nous ?
J'effectue un zoom avec la molette de la souris sur le point litigieux. Nouvelle tentative d'effacement, nouveau message d'erreur. Il n'y a rien à faire. Tiens, à y regarder de plus près, ce point a plutôt l'air d'une surface. Un carré ? Je zoome à nouveau, il est bien certain que je ne me trompe pas. Encore et encore. Un carré, puis un autre, des carrés imbriqués les uns dans les autres.

Incroyable ! Mon jour de chance ! Imaginez-vous !
Je viens de trouver un point de départ.
J'ai du mal à contenir mon excitation. Je place le curseur au centre des carrés, puis recommence à zoomer. Ils s'animent avec le mouvement de mon index sur la molette centrale de la souris et forment ce qui semble être un vortex. A chaque carré disparaissant en dehors des limites de l'écran en apparaît un autre, au centre. Le voyage immobile dure depuis deux minutes déjà - mon doigt commence à me faire mal - quand je passe le tout dernier carré.
Et j'ai là, sous les yeux, une étendue infinie de dessins, régulièrement disposés les uns à côtés des autres. J'ai du mal à le croire. Ce sont les plans des grands Maîtres. Ils y sont tous. Depuis l'antiquité à hier. J'ai envie de pleurer.
Je suis arrivé à Point Nommé, les archives du point de départ, le point de chute des architectes en mal d'inspiration. Je réalise à l'instant que je possède un plan - Le Plan - qui contient tous les autres.
Vais-je passer ma vie à les étudier, tous, ou est-il préférable de les oublier pour parvenir à créer sans complexes ?
Cette question aurait pu être d'importance si je ne venais de me réveiller, avec cette étrange phrase en tête : "Si on ne peut plus avoir la maîtrise de ses propres desseins, où allons-nous ?"18:30 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
28.11.2006
Les gentils
Deux cent trente neuf photographies.
Deux cent trente neuf coups de poings à l'égo. Ni plus, ni moins.
Asséné par surprise, le premier direct m'a coupé le souffle, le second totalement sonné. Je n'étais plus capable d'articuler la moindre syllabe. Elles me sont parvenues comme dans un rêve, les phrases assassines, un mauvais rêve :
"- Oui bon c'est pas terrible. Mais il a voulu bien faire, il est tellement gentil le menuisier […] Ah ça ! Non, mais moi j'aime bien. […] C'est gentil, ils ont fabriqué ça pour nous faire plaisir […] Là, oui j'ai été surprise, quelle idée vraiment de faire ça. Mais finalement je m'habitue. […] Ces gens sont tellement gentils vous savez. […] Ils m'ont dit que cela se faisait comme cela en Egypte."
Elle pensait me faire plaisir en me montrant les photos de "notre" projet africain. Elle aussi, elle est gentille, au fond.
On sous-estime totalement la capacité de nuisance des gentils. Leur bonne volonté peut annihiler des mois d'effort et vous obliger à endosser le rôle détestable du "sale petit con prétentieux pour lequel seul compte l'intégrité de l'œuvre et qui veut tout faire refaire malgré le mal que les ouvriers se sont donnés."
De toute façon, la journée s'annonçait mal. J'ai été réveillé à cinq heures du matin par les explosions de trois voitures et deux motos.
20:50 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
08.10.2006
17ème Länder
Depuis combien de temps ne l'avais-je pas vue ? Cinq ans, six ans ? C'est assez peu quand on y réfléchit, et, pourtant, j'ai du mal à la reconnaître. Comment a-t-elle pu autant changer ? Je ne la voyais qu'une quinzaine de jours par an, aussi n'ai-je jamais pris le temps de bien analyser ses mutations. Je ne voulais pas les voir. J'avais pourtant senti lors de notre première rencontre (j'avais seize ans) que l'argent, déjà, l'attirait. Mais quand on est jeune et innocent, on pense que cela ne changera rien. J'étais tombé éperdument amoureux d'elle. De sa beauté, son odeur, sa chaleur, son chant envoûtant.
Mais elle se préparait pour un autre que moi.
Aujourd'hui, elle a fait un beau mariage avec un riche industriel allemand. Elle ne parle plus espagnol que dans l'intimité. Elle se déguise en provençale, se maquille et se trouve bien sophistiquée. Et, mon Dieu, ce que je ne lui pardonnerai jamais :
elle a avorté de mon premier bébé.
Majorque… je ne t'aime plus !
22:58 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
24.09.2006
Monde inverti
A13 - Porte Maillot: 1H00
Malgré sa brièveté, la fin du trajet s'annonce pénible. Il fait nuit. Il pleut. Les yeux lumineux des autres cherchent par tous leurs reflets à endommager ma rétine. Ma main droite fait taire les interférences qui me déchirent le tympan, puis ajuste la température de mon habitacle. J'ai choisi une nouvelle fois d'emprunter l'autoroute et de devenir machine.
Quelques soixante kilomètres plus tard, je passe sous un nouveau panneau de pixels :
A13 - Porte Maillot: 1H30
Le temps va à rebours. Je remonte le temps. Bientôt, je vais me retrouver avant d'être parti. Non, c'est impossible. Il se dilate. Non, ce sont les distances qui s'allongent.
"Les derniers kilomètres sont toujours les plus longs mon chéri" me disait ma mère lorsque, enfant, je trépignais d'impatience sur la banquette arrière du véhicule familial. Peut-être avait-elle raison finalement. Les kilomètres sont relatifs.
Alors je ralentis. C'est la seule chose qu'il me parait raisonnable de faire pour retrouver la bonne marche du temps et de l'espace.
Soudain, le noir se colore. J'entre dans une atmosphère rouge ponctuée d'orange. Mon pied droit se tend jusqu'à ce que j'arrête d'avancer.
Arrêt total.
Et à nouveau cette phrase qui résonne dans ma tête :
"Vous n'êtes pas dans un embouteillage, vous êtes l'embouteillage".
14:42 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
09.09.2006
Le sens de l'histoire
Vu Nip/Tuck hier soir. Où l'on apprend que Quentin n'a pas de pénis et que Kimber a été défigurée par le découpeur... je crois que je vais arrêter de regarder cette série qui n'a décidément plus ni queue ni tête.
22:57 Publié dans Continuité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


